LE LABORATOIRE DE RECHERCHE EN SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION DU CELSA
EA 1498
Conférence

La socio-économie des industries culturelles et créatives

Conférence publique de Philippe Bouquillion

Mercredi 13 janvier 2016 - 10:00

Lieu : 
CELSA - université Paris-sorbonne
77, rue de Villiers
92200 Neuilly-sur-Seine
France
Organisé par : GRIPIC

Philippe Bouquillion est professeur de sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 13, membre du LabSic. Il est notamment auteur, avec Bernard Miège et Pierre Moeglin, de L’industrialisation des biens symboliques. Les industries créatives en regard des industries culturelles (PuG, 2013).

Il présentera ses recherches sur la socio-économie des industries culturelles et créatives :
1) Les rapports entre industries culturelles et industries de la communication (télécommunications, matériels électroniques, Web et  informatique)
2) Les enjeux liés au déploiement des thèmes des industries créatives et de l'économie créative.


 

Philippe Bouquillion s'inscrit dans la théorie contemporaine des industries culturelles qui a commencé à se former à partir des années 1970 autour de la question suivante : comment se met en œuvre l'« industrialisation de la culture » ? Dans le sillage des travaux de l'École de Francfort, ce champ de recherche incarné notamment par Bernard Miège et Pierre Mœglin s'attache à relier formes d'organisations industrielles, pratiques de consommations et enjeux sociaux et idéologiques.

La conférence portait plus particulièrement sur deux processus en cours :

Les rapports entre les industries culturelles (productrices de biens symboliques qui constituent des « œuvres » dans le régime de la propriété intellectuelle) et les industries de la communication (dont le cœur de marché réside dans la mise en contact des productions intellectuelles préexistantes). Philippe Bouquillion porte le constat d'un renversement récent du rapport de force entre ces deux acteurs. La dépendance croissante des entreprises aux mécanismes de financiarisation a placé quelques opérateurs financiers en position d'arbitre. Jusqu'en 1990, ceux-ci favorisent des logiques de portails émanant d'industries culturelles (Disney) ou de conglomérats « mixtes » (Vivendi, Time Warner). À partir du krach de la bulle Internet, ils privilégient exclusivement les industries de l'information. Les nouveaux acteurs de l'Internet disposent ainsi d'opportunités accrues pour effectuer des levées de fonds tandis que les industries culturelles sont confrontées à un endettement structurel qui les incitent à se désengager d'activités stratégiques.

Le tournant créatif. Philippe Bouquillion s'interroge sur l'émergence et la mise en circulation accélérée d'un concept alternatif à l'industrie culturelle : l'« industrie créative ». Il s'agit d'une notion élaborée lors des débuts du « New Labour » au Royaume-Uni qui vise à mettre en avant la créativité individuelle (au risque de masquer les logiques organisationnelles) et à placer la production de « créations » au cœur d'un nouveau paradigme de l'économie de marché. Le succès de la notion est indissociable d'une volonté de préserver et de renforcer un secteur jugé non délocalisable dans des pays en voie de développement car faisant intervenir des métiers et des compétences à hautes valeurs ajoutées. Dans cette perspective, l'industrialisation de la culture est indissociable d'une culturalisation de l'industrie qui se manifeste dans le recours croissant au design, dans l'élaboration de politiques de communication insistant sur la « créativité » ou dans la démultiplication des droits de propriété intellectuelle.

La conjonction de deux processus concourt à un désengagement des politiques culturelles. La Banque publique d'investissement tend ainsi à se substituer au ministère de la Culture ; dans plusieurs pays européens, la notion même de ministère de la Culture est remise en question.

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