LE LABORATOIRE DE RECHERCHE EN SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION DU CELSA
EA 1498
Article

Des afroféministes sur Youtube : médiatisation ordinaire d'une posture politique engagée

Revue CIRCAV numéro 27, L'Harmattan, 2018, 135-162

L’expression politique et publique des femmes noires en tant que telles, est, en France, encore loin d’aller de soi et interroge la parité de participation à l’espace public (Fraser, 2005). Un puissant processus de subalternisation de ces dernières irrigue le système politique français qui, sous couvert de doxa républicaine, relègue sans y penser les personnes les plus éloignées de la norme dominante – notamment les femmes racisées[1] – dans la marginalité. Les espaces médiatiques sont loin de leur être largement ouverts et le sont rarement autrement que via des formes plus ou moins ostentatoires de tokenism (participation symbolique sans conséquence) ou de «promotion de la diversité». Les femmes noires, part non homogène de la population française, sont encore largement sous-représentées dans les dispositifs médiatiques ordinaires et leurs prises de parole publiques très peu audibles. Néanmoins, quelques activistes comme les membres du collectif Mwasi[2] et les blogueuses engagées telles que Mrs Roots, Kiyémis et Many Chroniques reprennent le flambeau de leurs aînées de Coordination des femmes noires ou du Modefen[3] (Châabane, 2008) et donnent aujourd’hui de la voix dans le sens d’une lutte afroféministe. Les travaux français de recherche qui rendent compte des réalités de l’existence sociale et politique des femmes noires (Dewitte, 1990) sont très peu nombreux. Dans le cadre de nos recherches doctorales, nous nous intéressons aux reconfigurations discursives de l’antiracisme en France et observons pour cela divers lieux de cristallisation des enjeux représentationnels et politiques y ayant trait.

 

[1] L’adjectif « racisé » qualifie le résultat d’un « «processus socio-historiques par lesquels des catégories raciales sont créées, habitées, transformées et détruites». […] les races n’existent pas comme telles mais résultent d’un travail social qui fait exister pour des raisons qu’il est possible d’objectiver du point de vue des rapports sociaux, et donc notamment des rapports de production et des rapports de sens. » Cf. Fassin D., 2012 [2010], p. 160.

[2] Fondé en 2014, https://mwasicollectif.com

[3] Mouvement pour la défense des droits de la femme noire (1982-1994)

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